Souveraineté
La souveraineté des données : le vrai sujet, c'est de savoir de quoi votre entreprise dépend
Google, Microsoft, Salesforce, AWS, OpenAI, Anthropic…
Les solutions américaines font partie du quotidien de presque toutes les entreprises. Et soyons pragmatiques : il serait aujourd'hui très difficile, et pas forcément souhaitable, de vouloir les remplacer systématiquement par des alternatives européennes.
Certaines sont tout simplement excellentes. D'autres n'ont pas encore de véritable équivalent européen.
La question n'est donc pas de savoir s'il faut bannir les outils américains.
La bonne question est plutôt :
quelles dépendances sommes-nous prêts à accepter pour notre entreprise ?
Car lorsqu'un outil contient vos clients, vos documents, vos données financières ou vos processus métier, son choix ne concerne plus seulement ses fonctionnalités ou son prix.
Il faut aussi se demander :
Que se passe-t-il si demain nous n'y avons plus accès ?
Pouvons-nous réellement récupérer nos données et continuer ailleurs ?
Et sommes-nous à l'aise avec les personnes et les juridictions auxquelles nous les confions ?
C'est là que la souveraineté des données devient un sujet très concret pour une TPE ou une PME.
La souveraineté ne consiste pas seulement à savoir où se trouve le serveur
On résume souvent la souveraineté à une question :
« Mes données sont-elles hébergées en France ? »
C'est important, mais insuffisant.
Pour savoir de quoi votre entreprise dépend réellement, il faut regarder quatre dimensions : la localisation de vos données, la juridiction à laquelle est soumis votre fournisseur, les personnes ou autorités susceptibles d'y accéder, mais aussi votre capacité à récupérer ces données et à changer de solution.
Ce dernier point est essentiel : une donnée parfaitement hébergée mais impossible à récupérer facilement peut également créer une forte dépendance.
La réversibilité fait d'ailleurs partie des enjeux désormais traités au niveau européen. Le Data Act, applicable depuis septembre 2025, comporte notamment des dispositions destinées à faciliter le changement de fournisseur de services cloud.
Toutes les données ne méritent pas le même niveau de souveraineté
Il faut aussi éviter l'excès inverse.
Utiliser une solution américaine ne représente pas automatiquement un risque important pour votre entreprise.
Imaginez que votre équipe utilise un outil en ligne pour créer des visuels marketing. S'il devient indisponible pendant deux jours, la situation sera pénible, mais votre entreprise continuera probablement à fonctionner.
Maintenant, imaginez que votre CRM, votre gestion commerciale, vos commandes, vos dossiers clients ou votre planification reposent entièrement sur une plateforme unique.
Si elle devient inaccessible, pouvez-vous encore travailler ?
Le niveau de risque n'est plus du tout le même.
Il en va de même pour les données. Un calendrier éditorial ne présente pas la même sensibilité que des plans industriels, une base clients, vos prix de revient, vos marges, vos contrats, votre R&D ou certaines données RH.
On peut donc raisonner très simplement :
| Données peu sensibles | Données sensibles ou stratégiques |
|---|---|
| La souveraineté peut rester secondaire. Choisissez avant tout l'outil adapté à votre besoin. | Vérifiez davantage la confidentialité, les traitements effectués et la juridiction du fournisseur. |
| La disponibilité, la sauvegarde et la réversibilité deviennent essentielles. | Souveraineté, sécurité, juridiction et réversibilité deviennent des critères majeurs. |
Cette approche permet d'éviter les positions dogmatiques.
Il n'est probablement ni réaliste ni nécessaire d'être souverain sur 100 % de son système informatique.
En revanche, il est utile de savoir où l'on accepte de ne pas l'être.
Le CLOUD Act : ce qu'il permet réellement… et ce qu'il ne permet pas
C'est ici qu'intervient notamment le CLOUD Act américain.
Il est parfois résumé de manière caricaturale par : « le gouvernement américain peut regarder toutes vos données ».
Ce n'est pas exact.
Le CLOUD Act ne donne pas aux autorités américaines un accès libre et permanent aux données hébergées par les entreprises américaines.
En revanche, il confirme qu'une entreprise soumise à la juridiction américaine peut, dans le cadre d'une procédure légale valide, être contrainte de produire des données qu'elle détient ou contrôle même si ces données sont physiquement stockées en dehors des États-Unis. Le Département de la Justice américain le décrit explicitement ainsi.
C'est pour cette raison qu'un serveur situé à Paris n'apporte pas nécessairement le même niveau d'indépendance juridique selon qu'il est exploité par une entreprise française ou par un groupe soumis au droit américain.
Mais là encore, il faut garder de la mesure.
La CNIL précise elle-même que le risque d'accès par une autorité étrangère est généralement considéré comme limité, particulièrement pour des données non sensibles confiées à des prestataires bénéficiant d'un niveau de protection reconnu.
En revanche, pour les traitements les plus sensibles, elle recommande de recourir à un prestataire exclusivement soumis au droit européen et offrant un niveau de protection adapté.
Autrement dit :
la souveraineté doit être proportionnée au risque.
Et si le problème n'était pas l'accès aux données… mais l'accès à l'outil ?
C'est probablement le risque auquel on pense le moins.
Lorsque votre entreprise utilise un service cloud étranger, elle ne dépend pas seulement de sa technologie.
Elle dépend aussi, dans une certaine mesure, du cadre réglementaire et politique auquel son fournisseur est soumis.
Un événement très récent l'a rappelé de manière spectaculaire.
En juin 2026, Anthropic a dû retirer deux de ses modèles à la demande du gouvernement américain
Après avoir réservé pendant plusieurs mois son modèle le plus avancé, Mythos, à quelques partenaires autorisés, Anthropic lance le 9 juin 2026 Fable 5 : une version dotée de garde-fous permettant enfin de rendre ces capacités accessibles au grand public.
Trois jours plus tard, le 12 juin, Anthropic annonce la suspension de Fable 5 et Mythos 5.
La raison ?
Une directive du gouvernement américain oblige Anthropic à restreindre l'accès à ces modèles pour les ressortissants étrangers.
Anthropic indique avoir reçu cette directive à 17 h 21 ce jour-là.
L'entreprise explique également qu'elle était en désaccord avec l'analyse du gouvernement américain. Mais juridiquement, elle devait appliquer la décision.
Et comme elle ne disposait pas d'un moyen fiable de vérifier instantanément la nationalité de chaque utilisateur, Anthropic a pris une décision radicale : suspendre temporairement l'accès aux deux modèles pour l'ensemble de ses clients.
Les restrictions ont finalement été levées le 30 juin et l'accès à Fable 5 et Mythos 5 a commencé à être rétabli à partir du 1er juillet.
Le débat n'est pas ici de savoir si le gouvernement américain avait raison ou tort d'intervenir.
Un État peut légitimement chercher à protéger une technologie qu'il considère comme stratégique ou potentiellement dangereuse pour sa sécurité nationale. La France pourrait elle aussi être amenée à prendre ce type de décision dans une situation comparable.
Ce qui est intéressant pour une entreprise cliente est ailleurs : une décision prise par l'État dont dépend juridiquement son fournisseur peut avoir un impact direct et immédiat sur sa capacité à utiliser un outil, même lorsque le fournisseur lui-même souhaiterait continuer à le proposer.
Pour une entreprise cliente, c'est une illustration extrêmement concrète de ce qu'est une dépendance à une juridiction étrangère.
Cela ne signifie évidemment pas que Microsoft, Salesforce ou Google vont être coupés demain en France.
Un tel scénario est aujourd'hui très improbable.
Mais cela démontre que le mécanisme permettant à un État d'imposer des restrictions à une entreprise technologique existe réellement.
Ce n'est d'ailleurs pas une première. En 2019, GitHub avait déjà dû restreindre certains services pour des développeurs situés notamment en Iran afin de respecter les sanctions américaines. GitHub avait ensuite dû obtenir une autorisation de l'administration américaine pour rétablir pleinement ses services dans le pays.
La question à poser n'est donc pas :
« Est-ce que cela arrivera demain en France ? »
Mais :
« Si une solution est tellement importante pour mon entreprise que sa disparition aurait un impact majeur, ai-je conscience de cette dépendance et ai-je prévu une alternative ? »
Le risque peut aussi venir d'une trop forte concentration
La nationalité du fournisseur n'est d'ailleurs qu'une partie du problème.
Imaginez qu'une entreprise utilise le même écosystème pour ses emails, ses documents, son authentification, sa messagerie interne, son CRM et certaines de ses applications.
Une suspension de compte, une panne importante ou un problème contractuel avec ce fournisseur ne touche alors plus un outil.
Il peut toucher une grande partie de l'entreprise en même temps.
Et ce risque existe aussi avec un fournisseur français ou européen.
La souveraineté ne doit donc pas devenir un simple argument « Europe contre États-Unis ».
Un éditeur européen peut lui aussi connaître une panne, subir une cyberattaque, faire faillite, modifier fortement ses tarifs, arrêter une fonctionnalité ou être racheté.
Être européen ne dispense pas de s'intéresser à la sécurité, aux sauvegardes, aux conditions contractuelles et à la réversibilité.
Le test le plus simple : pouvez-vous partir ?
Il existe finalement une question très pragmatique à poser à chacun de vos fournisseurs :
Si je décide demain de ne plus utiliser votre solution, que puis-je récupérer ?
Et surtout : sous quelle forme ?
Pouvoir télécharger quelques fichiers PDF n'est pas la même chose que récupérer une base complète contenant vos clients, vos relations entre données, votre historique et vos documents dans un format réutilisable.
Une promesse d'export n'est pas non plus un plan de continuité.
Pour les outils essentiels, il peut être utile de tester réellement cette capacité avant d'en avoir besoin.
Six questions à poser avant de confier une partie importante de votre entreprise à un outil
| Question | Pourquoi elle compte |
|---|---|
| Où sont réellement stockées et sauvegardées mes données ? | Pour comprendre leur localisation physique |
| À quelles juridictions l'éditeur et ses principaux sous-traitants sont-ils soumis ? | Pour comprendre le cadre juridique |
| Quelles données suis-je réellement en train de lui confier ? | Pour adapter le niveau d'exigence à leur sensibilité |
| Que se passe-t-il si cet outil est indisponible pendant 24 h, 48 h ou une semaine ? | Pour mesurer la criticité opérationnelle |
| Puis-je récupérer toutes mes données dans un format réellement exploitable ? | Pour vérifier la réversibilité |
| Ai-je une solution de secours si cet outil disparaît ou si je décide de le quitter ? | Pour éviter qu'un choix logiciel ne devienne une dépendance subie |
Vous n'obtiendrez probablement pas la même réponse selon que vous analysez votre outil de création graphique, votre logiciel de prise de notes ou la plateforme qui contient l'ensemble de vos données clients.
Et c'est normal.
Et chez Compozz ?
C'est précisément cette réflexion qui guide nos choix chez Compozz.
Compozz est édité par une société française basée à Grasse.
Les données hébergées nativement dans la plateforme sont stockées sur des infrastructures OVHcloud situées en France. Les sauvegardes quotidiennes sont également conservées sur des infrastructures situées en France, auprès d'acteurs européens.
Un Accord de traitement des données (DPA) est disponible et les droits d'accès permettent de définir précisément quelles personnes peuvent consulter ou modifier les différentes données de l'entreprise.
Compozz peut également être connecté à des services externes et à des outils d'automatisation comme n8n auto-hébergé ou des services SaaS comme Make. Dans le cas de n8n, l'outil peut être auto-hébergé : c'est notamment le choix que nous faisons pour les automatisations que nous réalisons pour nos clients. L'entreprise peut également exploiter sa propre instance si elle souhaite conserver la maîtrise complète de cette brique.
La souveraineté dépend ensuite des services auxquels l'automatisation est connectée. Faire circuler une donnée de Compozz vers un n8n auto-hébergé ne signifie donc pas qu'elle quitte automatiquement un environnement maîtrisé. En revanche, si le workflow transmet ensuite cette donnée à Google, OpenAI, Salesforce ou tout autre service tiers, il faut naturellement prendre en compte les conditions de ce service.
Et c'est justement là qu'il faut rester transparent : dès lors que vous choisissez de transmettre certaines données à un service tiers, les conditions d'hébergement, de traitement et de juridiction de ce service doivent également être prises en compte.
La souveraineté ne s'arrête donc pas au choix d'un logiciel.
Elle concerne toute la chaîne par laquelle circulent vos données.
Notre objectif n'est pas de prétendre qu'une entreprise peut ou doit fonctionner dans un environnement numérique 100 % français ou européen.
Il est beaucoup plus pragmatique :
vous permettre de conserver le plus de maîtrise possible sur le cœur de vos données métier, tout en restant libre de connecter les meilleurs outils lorsque cela a du sens.
En résumé : choisissez vos dépendances plutôt que de les découvrir
Les solutions américaines font partie de notre quotidien et certaines sont difficilement remplaçables.
Le sujet n'est donc pas de les bannir.
Le sujet est de savoir ce que nous leur confions et à quel point notre entreprise en dépend.
Pour un outil secondaire contenant peu de données sensibles, la souveraineté peut parfaitement rester un critère mineur.
Mais lorsqu'une solution contient vos clients, vos dossiers, vos marges, vos contrats ou vos processus métier et que votre activité dépend de sa disponibilité, il devient pertinent de s'interroger sur sa localisation, sa juridiction, sa réversibilité et les solutions de secours disponibles.
Finalement, trois questions suffisent souvent à commencer :
Que se passe-t-il si demain je n'ai plus accès à cet outil ?
Est-ce que je peux récupérer mes données et continuer ailleurs ?
Et suis-je à l'aise avec les entreprises et les juridictions auxquelles je les confie ?
Il n'existe pas une réponse unique valable pour toutes les entreprises et tous les logiciels.
Mais il vaut mieux que cette dépendance soit un choix conscient plutôt qu'une contrainte découverte le jour où quelque chose ne fonctionne plus.
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